Sondage CROP sur la consigne : Les appuis se dégonflent

Le regroupement bacs+ dévoile aujourd’hui les résultats d’un sondage qui mesure pour la première fois les comportements réels attendus en cas d’élargissement de la consigne aux bouteilles de vin ou autres contenants de boisson. Les résultats sont très révélateurs d’un problème fondamental : au-delà des intentions, les actions ne suivent pas. En effet, dès qu’on place les citoyens devant une situation réelle qui précise où ils devront aller porter leurs contenants, les chiffres se dégonflent et on constate qu’une grande proportion de Québécois continuerait de mettre leurs contenants dans le bac plutôt que de les rapporter. 

Des chiffres éloquents: « les bottines ne suivent pas les babines ! »

A priori, les répondants se disent intéressés par la consigne. Toutefois, alors qu’il est convenu qu’on ne pourra accroître le fardeau des détaillants en leur imposant de nouvelles consignes, le sondage démontre que les Québécois ne seraient pas au rendez-vous dans les succursales de la SAQ (seulement 46 % y rapporteraient leurs bouteilles vides) et encore moins dans un éventuel réseau de centres de dépôt. Seulement 43 % iraient dans un centre de dépôt à moins de 5 km de leur domicile; 25 % si la distance à parcourir est de 5 à 10 km; et un catastrophique 15 % s’il fallait se déplacer à plus de 10 km, dans une municipalité voisine, par exemple. Sera-t-on vraiment obligés d’envisager des centres de dépôts dans tous les villages du Québec, quand on connaît les coûts et les nuisances de telles infrastructures ?

« Sur la base de ces observations, l’instauration éventuelle d’une consigne sur les bouteilles de vin (et les autres contenants de breuvage) n’occasionnera pas un courant massif favorisant le retour des contenants dans un lieu de dépôt donné », en a conclu le vice-président de CROP, M. Sylvain Gauthier.

La fin d’un service à domicile et un dédoublement inefficace

Ces données inédites exposent  clairement qu’un élargissement de la consigne à des contenants de boisson déjà récupérés par la collecte sélective constituerait un dédoublement de système aussi inutile qu’inefficace : les gens seront nombreux à continuer de déposer leurs contenants de boisson dans leur bac, parce que c’est plus simple et qu’ils n’ont pas besoin de se déplacer. Conséquence non négligeable de cette situation : un enjeu de coût pour  les municipalités qui continueront à offrir des services de collecte sélective à domicile pour des matières dorénavant exclues du régime de compensation par les entreprises.

Le sondage permet aussi de constater, sans surprise, que la proportion de gens disposés à rapporter leurs contenants est plus faible chez les gens qui ne possèdent pas d’automobile. En mettant fin à un service à domicile, il est évident que la consigne poserait des problèmes particuliers aux aînés, aux gens à mobilité réduite, aux étudiants et à ceux qui se déplacent en transport en commun.

Une augmentation des GES contraire aux objectifs québécois

Dédoubler le système de récupération des contenants de boisson et augmenter les GES par l’ajout de camions et de déplacements en automobile, est-ce vraiment une solution alors que tout le Québec se mobilise pour atteindre des cibles ambitieuses de lutte aux changements climatiques ?

Nous croyons plutôt que la solution aux enjeux de recyclage passe par le soutien à la mise en marché des débouchés, notamment dans les infrastructures municipales et de transport, ainsi que dans la modernisation des centres de tri qui ont encore besoin de l’être. Des messages clairs, positifs, cohérents avec la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles, qui fixe des objectifs de recyclage pour tous les contenants, emballages et imprimés, font également partie de la solution. En effet : avec mon bac, j’ai tout ce qu’il me faut ! Voilà la façon de soutenir véritablement le développement d’une économie verte et de rencontrer nos objectifs de réduction des GES.